Bonjour Monsieur le Président Ratsbeen, Mesdames, Messieurs, mes remerciements pour cette stimulante invitation à prendre la parole auprès de l’académie de Géopolitique de Paris.
Le thème central Etats et Religions m’a conduit à vous présenter une réflexion sur “Spiritualité et Temporalité face aux enjeux géopolitiques”
Mais avant de commencer, je voudrais faire une précision désormais habituelle en ce qui me concerne, à l’égard de ceux qui vous collent rapidement des étiquettes alors que vous participez à un séminaire ou à un plateau radio TV etc…une participation, ce n’est pas systématiquement une adhésion à une ligne éditoriale, c’est une contribution à un débat contradictoire, trop souvent écarté des environnements mainstream, à bon entendeur salut!
Spiritualité et Temporalité face aux enjeux géopolitiques…, disais-je, d’hier et d’aujourd’hui.
Dans un premier temps, je partirai sur le regard porté par le pape François sur deux grandes crises contemporaines, des crises vues, vécues, souffertes afin de mettre en avant une spiritualité incomprise mais qui s’impose à la temporalité, puis nous survolerons quelques exemples de temporalités dominantes dans la géopolitique avant de voir comment ces dernières tentent de s’imposer dans les textes ou les analyses d’experts en tout genre pour revenir à l’interprétation, dans ce contexte, de la succession de Leon XIV à François.
Introduction
En guise d’introduction, une introduction sous le ton de la légèreté en débit des enjeux, je citerai l’auteur du Chat du Rabbin, Joann Sfar, qui fit sienne, en l’adaptant à notre époque une déclaration de Clémenceau: “c’est à celui qui aura la barbe la plus longue”!
C’est bien là une première interprétation du monde qui nous entoure, observons les juifs orthodoxes, les orthodoxes russes ou ukrainiens, les musulmans islamistes, les évangélistes, les protestants…en relation aux principaux conflits en cours.
Décidément les Gott mit uns, In God we trust, God save the Queen, encore récemment le Président Trump parle du « retour de Dieu »…sont au goût du jour, il y va dans un premier temps d’un accaparement du religieux par le politique et les institutions, mais là où le bas blesse, c’est quand les autorités religieuses s’associent au politique, le conditionnent outre mesure, sans doute pensant leur démarche au nom d’un concept de temporalité, d’appartenance à un monde, à sa réalité.
Les dérives comptent sur des composantes humaines identifiables dans toutes les religions monothéistes ou assimilables, qui en viennent à théoriser les extrémismes ainsi que le développe Pierre Conesa dans son ouvrage “avec Dieu on ne discute pas ?” Aucune religion monothéiste, tout continent confondu, n’échappe à ce pourcentage non indifférent de croyants convaincus de détenir une vérité et à devoir l’imposer ou la défendre en toute circonstance et par tous les moyens, souvent en contradiction radicale avec la nature des textes et des traditions qui servent chacune de ces communautés religieuses.
Mais revenons à ce que je n’hésite pas à décrire comme une rupture du Pape François avec la dominante temporelle de ses prédécesseurs.
Très vite, à l’écriture de cette présentation s’associèrent les images du film de Roland Joffé “the Mission” en 1986, exemple de confrontation entre un repentis guidé spirituellement par un groupe de jésuites face à une église catholique aussi temporelle que cynique.
Comme nous le verrons, cette dimension spirituelle du pape François ne fut pas toujours facile à métaboliser pour les fidèles d’une église conditionnée par les défis du quotidien. Mais abordons les deux thèmes évoqués: la guerre en Ukraine et la question des migrants.
Précisons les origines de cette conversation d’aujourd’hui mais aussi et surtout des questions que je me suis retrouvé à me poser; aux origines les liens et travaux privilégiés du Pape François avec le président de l’association des vieux croyants, Leonid Sevastianov, rapidement présenté comme l’ambassadeur personnel du pape en Russie, que j’assistais en qualité d’ami personnel.
Je découvrais progressivement l’importance d’un pape issu et représentant d’un monde multipolaire. Très vite la dimension et l’approche spirituelle du Pape s’affirmèrent au regard de papautés qui souffraient ou choisissaient de ne pas prendre le dessus sur la temporalité: Benoit XVI, grand théologien, Jean Paul II pape historico-politique, Jean Paul 1er victime du temporel, enfin Paul VI le pape du Concile.
le Pape François
Le pape François s’est régulièrement exprimé sur des questions internationales comme la guerre en Ukraine ou les flux migratoires. J’ai pris ces deux exemples même si le pape était bien évidemment spirituellement sur tous les fronts et enjeux de notre monde, mais ces deux exemples illustrent les clivages au sein même de la communauté catholique, générés par les manquements à la compréhension de sa dimension spirituelle.
a) Ukraine
Prenons l’Ukraine, trop souvent les prises de position en faveur de la paix furent interprétées comme une allégeance aux russes, pourtant, rappelons-le, au cours d’une période où la seule évocation de la paix était associée de part et d’autre à une forme de traitrise. Rappelons nous aussi du tollé soulevé par l’évocation d’un drapeau blanc dont l’interprétation fut celle hollywoodienne de la capitulation alors que son sens originel relevait d’une invitation au dialogue, au pourparler! (Rappelons nous du film Joyeux Noel de Christian Carrion en 2005)
François sut à différentes reprises s’attirer les foudres des églises orthodoxes ukrainiennes et russes, qui de par leur prise de position respective semblent avoir résolument oublié les fondements spirituels de leur existence s’impliquant dans une temporalité belliqueuse exacerbée. A ce titre les vieux croyants nés d’un schisme “Raskol” avec l’Eglise orthodoxe en 1666, promu par Avvakum (Pierre Pascal Avvakum et les débuts du Raskol) en rupture avec le rapprochement entre le patriarche orthodoxe Nikon et le Tsar Pierre le Grand, n’ont jamais prêté à confusion, ne s’affichant jamais aux côtés ou en soutien aux belligérants. C’est probablement ce qui a pu aussi irriter le patriarche Kirill, au delà des liens personnels entre le Pape et le président de l’association des vieux croyants.
b) Migrants
Sur la question des migrants, ceux qui voyaient en ce pape jésuite un salut pour l’église ont pu aussi se déchirer car s’il est indéniable que les questions migratoires deviennent des enjeux culturels, géopolitiques voir civilisationnels, il est tout aussi vrai que la spiritualité doit conduire au respect de ces populations, et de leurs souffrances, sans faire abstraction par exemple du fait que les migrations sud américaines vers les USA sont majoritairement catholiques alors que les migrations vers l’Europe sont majoritairement musulmanes. Le message des évangiles est sans ambiguïté et il est du devoir spirituel du pape à exprimer sa compréhension voir son soutien alors que la temporalité et les décisions qui peuvent l’accompagner devraient exclusivement relever des pouvoirs politiques en place.
L’angle d’approche du pape François repose bien plus sur une remise en perspective, c’est résolument remettre au centre de la réflexion et des prières la dimension de l’héritage spirituel du christianisme, qui n’a cessé de se confronter au cours des siècles aux conflits, luttes, rivalités, guerre de pouvoirs jusqu’à l’intérieur des murs du Vatican. Et quand tout cela a t il pu commencé sinon depuis la consécration de la temporalité de l’église que l’on peut situer au IVème siècle quand l’empereur Constantin accorde au pape Sylvestre un territoire indépendant sur lequel il devient souverain, le futur vatican qui connaîtra au moment du schisme avec l’austérité luthérienne le triomphe du baroque et la consécration de Saint Pierre de Rome et ses massives colonnes de marbre rouge de Cotanello, plus que jamais symbole d’une temporalité affirmée. ( même si remis en cause ce passage de propriété, il n’en reste pas moins la configuration d’un territoire et d’un État)
Si Vatican II a pu réfléchir sur la corrélation entre la notion de pape souverain indépendant et celle de patriarche, responsable des valeurs de l’église catholique, il faudra attendre le pape François pour observer clairement la quête au quotidien de la spiritualité, tant dans l’organisation de sa vie quotidienne au Vatican que dans les combats qu’il poursuivra au cours de sa mission. Peut-être un peu facilement pourrait-on voir deux obédiences d’origines espagnoles engager des luttes intestines de pouvoir: l’Opus Dei dont ses deux prédécesseurs étaient proches, et lui le jésuite. Si l’on ne craignait pas de sombrer dans la temporalité de l’exercice, un règlement de comptes entre Ignace de Loyola et Josémaria Escriva. Une visite des sépultures de ces deux maîtres spirituels, toutes deux à Rome, peut servir d’indicateur. François a du se sentir bien seul à livrer ce combat face une temporalité dominante au sein des confessions en proie à des implications majeures, directes et indirectes dans de nombreux conflits.
La temporalité des enjeux du monde nous ramènent en Ukraine,
a) Russie Ukraine: nous en avons déjà parlé. Les tensions entre les représentants des églises ukrainiennes, déjà en partie naturellement en conflit avec le patriarcat de Moscou par exemple Eglise Orthodoxe d’Ukraine en 2019 ou les Uniates (greco catholique d’Ukraine née a la suite de l’Union de Brest 1596) n’ont fait que s’exacerber . Encore récemment l’évêque de Kharkiv Pavlo Honcharuk déclarait “Poutine ne s’arrêtera pas, il faut l’arrêter!” et toujours avec cette dimension paranoïaque “après ce sera la Roumanie et la Moldavie”…Le patriarche de Russie n’est tristement pas en reste, s’étant associé à plusieurs reprises au conflit au nom d’une supposée guerre sainte!.
Personnellement je n’accorde cependant aucune matrice religieuse au conflit, contrairement à ce que défendent Boussois et Morin dans “la guerre sainte de Poutine”. Nous sommes par conséquent dans l’essence même de la temporalité guerrière, de part et d’autre, où les églises respectives se font complices, accentuant un manichéisme ambiant, laissant peu de place par conséquent au discernement , à l’écoute, et à la diplomatie.
Mais aussi
b) Israel Palestine, Iran et le monde: la quintessence du conflit géopolitique religieux mais ici le risque est important de se pencher sur cette région du monde tant au manichéisme ambiant s’adjoint le risque d’être rapidement taxé d’antisémitisme en cas de critiques à l’Etat d’Israel. Je n’approfondirai par conséquent pas cette question me limitant à quelques flashs, indices ou pistes de réflexions.
Un État affiché islamique l’Iran nie l’existence d’un Etat Israël ( et non de sa population, différenciation toujours plus difficile sincèrement à interpréter ) tant Israël fait tout pour être de fait un État hébreu sous la pression d’une extreme droite religieuse au dépend d’une Palestine dont l’existence en tant qu’Etat, soutenu en première ligne par l’Iran, est clairement mise à mal par l’hypocrisie occidentale depuis des décennies cumulée à une certaine mise en retrait des pays arabes, que ne corrige pas vraiment la récente actualité (Mais on s’improviserait presque petit prince: Dessine moi deux États?). De nombreux théologiens et politiques, en marge du mouvement sioniste de Herzl, se sont penchés sur les conséquences possibles de la naissance de l’Etat d’Israel sur la mystique juive vécue par les diasporas séfarades et askhenazes . Car la naissance de l’Etat finirait par confronter celui-ci aux réalités du monde et à son possible cynisme comme l’illustre la tragique actualité. De la à faire un lien entre la naissance du Vatican et la naissance d’israel, la de-spiritualisation résultante, il n’y a qu’un pas, que je franchis.
c) Irak: on assiste pour l’automne de cette année, dans le cadre des élections parlementaires, à une prolongation guerre Iran Irak, chiites/sunnites qui vit les américains d’abord en soutien aux sunnites de Saddam Hussein se retourner plus tard contre lui et par conséquent aussi la population sunnite… mais comme récite un dicton arabe, si deux loups qui se battent voient passer un renard, ils se mettent à courir derrière le renard… depuis le retrait des américains d’Irak, une des rares convictions partagées par la grande majorité est une défiance, voir une haine des américains. Les élections consacreront par conséquent l’importance des deux courants qui traversent principalement l’Islam dans un rapport de force conditionné par le rôle qu’entendent jour les principaux états sunnites et chiites.
d) Arménie: récemment le gouvernement Pashinyan, dans le cadre du jeu d’influences sur cette région tiraillée depuis plus d’un siècles, entre le dépassement de la mémoire avec son voisin turc jusqu’au conflit avec son autre voisin de l’Azerbaïdjan, s’en est pris à l’église qui représente une influence politique souverainiste et conservatrice; à elle seule, cette définition de l’église arménienne est une capitulation au pouvoir temporel de son église, entretenue par un ample soutien dans la diaspora arménienne.
e) Oltre Tevere: cette notion nous échappe, en France, totalement; il faut avoir vécu à Rome et s’être intéressé à la politique italienne pour comprendre ce que “oltre tevere, outre Tibre” peut vouloir signifier. Outre Tibre, c’est le Vatican et tout son pouvoir dans le conditionnement des grandes lois de société italiennes comme par exemple le divorce, l’avortement, aujourd’hui l’euthanasie mais aussi des lois plus communes. A Rome, les chambres, les parlementaires s’interrogent tout le temps sur la pensée de outre tevere sur telle ou telle loi. La temporalité au quotidien.
La spiritualité par conséquent résolument mise à mal
Même si elle tente de se doter d’instruments institutionnels comme la communauté de Sant’Egidio ou ,
a) la conférence de Stockholm. Mais si le moment clé du mouvement œcuménique – la première conférence de Stockholm – les églises chrétiennes pour la paix – valut à son initiateur Nathan Söderblom le prix Nobel de la Paix en 1930, fort est de constater que la récente conférence de Stockholm, mois d’août 2025, n’est sous des apparences photographiques qu’un constat d’échec ponctuel et conceptuel, car les églises chrétiennes dont les pays sont en conflits n’y ont tout simplement pas pris part.
b) mais le travail de récupération est permanent comme dans le recours au principe de civilisation judéo-chrétienne chrétienne:
Expression de la temporalité réciproque, conjonction du politique et du religieux, la volonté d’inscrire les racines judéo- chrétiennes dans la constitution européenne. J’y ai vu, dès le début de cette tentative d’intégration aux textes fondamentaux européens, une omission, un déni, presque un négationisme, n’ayons pas peur des mots, de pans entiers de notre histoire européenne: l’apport des héritages païens celtes, scandinaves, étrusques, grecs, romains mais aussi de l’Islam, passés à la trappe! Une pure volonté illustration de la récupération du religieux par le politique, dans ce cynique jeu de va et vient entre ces deux majeures expressions du pouvoir temporel.
Cela sans compter l’interprétation que livre Sophie Bessis dans “anatomie d’une imposture” qui va jusqu’à nier l’existence même d’une civilisation judéo chrétienne qui ne serait qu’une réduction occidentale arbitraire, en s’interrogeant sur ce que l’auteur dénonce comme un schisme géographique avec l’Amérique latine, l’Afrique, l’Asie catholique? mais aussi, précise-t-elle, un amalgame pour voiler un anti sémitisme latent dans l’histoire de l’Europe, tentant de dépasser, par la syntaxe “judéo-chrétien” un antijudaïsme théologique, tout autant catholique, qu’orthodoxe que luthérien ! Alors que paradoxalement elle réitère la corrélation entre les mondes arabe et hébraïque, résolument plus naturelle.
L’Islam et le Christianisme s’opposent dans leur vocation universelle, le monde greco-latin (j’élargirais en monde païen) quant à lui ne s’exportait que par des motivations politiques et non religieuses, et alors que le judaïsme se présente lui comme peuple élu, le christianisme associé aux empires dès le IV siècle se pose bien plus en pouvoir temporel, s’imposant à un polythéisme fondamentalement européen alors que le monothéisme relève d’une matrice plus orientale.
On assiste par conséquent au triomphe du temporel religieux sur la géopolitique
La géopolitique est par conséquent une des majeures expressions d’une temporalité privée de toute spiritualité; les inquiétudes sont légitimes pour les non croyants car la récupération par l’humanité et les états la composant de référentiels religieux, pour ne pas dire trop souvent de bénédictions aux combats, voir de justifications, ne peut porter qu’à des visions toujours plus manichéennes où résistance et terrorisme, bien et mal ne sont que les deux faces de mêmes médailles.
On retrouve par ailleurs dans « Géopolitique du Christianisme” de Chélini-Pont et Liogier le rappel de l’importance du fait religieux dans la géopolitique transnationale. Les récents accords d’Abraham apparaissent comme un prolongement d’actualité de leurs analyses.
On y reparcourt la genèse d’un monde monothéiste naissant, indifférent aux questions politiques et les restes fondateurs d’un monde polythéiste, multiforme dans son essence, les évolutions de l’orthodoxie, un protestantisme “campé dans une géopolitique des confessions”, le Saint Siège à l’heure de l’écroulement du communisme, de l’explosion des christianismes en Afrique, en Amérique latine et en Asie, pour s’interroger sur un retour au religieux temporel paradoxalement au dépends du religieux spirituel. Sous une forme plus sociétale la capacité de répondre “à la demande individuelle de la transcendance et à la demande collective de finalité sociale” aujourd’hui géopolitique. Les schismes ne sont-ils d’ailleurs pas autant de faillites du spirituel vis à vis du temporel?
Premiers éléments de conclusion
Avant d’aborder ma conclusion, je voudrais ici mentionner qu’au cours de rencontres en Algérie avec des communautés soufistes, à El Oued en particulier, et alors que mon interlocuteur algérien se rappelait, non sans émotions, de son enseignant de Français Monsieur Cartier en 1954, nous eûmes l’occasion d’évoquer la réflexion de Abd El Kader, dans “Ecrits spirituels” sur les visions unitives et séparatives, qui présentent des analogies structurelles avec les projections du spirituel (unité divine) et du temporel (multiplicité du monde), très loin des caricatures de l’Islam auxquelles nombres de nos dirigeants et médias tentent de nous associer.
Le temporel l’emporte aussi dans la construction médiatique de références: Jean François Colosimo, auteur de plusieurs ouvrages sur les mutations contemporaines du fait religieux est désormais présenté comme un expert de la Russie et des relations internationales: ce qui est ici rappelé ce n’est pas une mise en doute de ses compétences, même si elles sont désormais dictées par ses conclusions – ce qui l’oppose au comportement qui devrait être celui d’un analyste ou chercheur – mais que l’angle d’approche en amont est le religieux, qu’il revendique dans le seul titre de son livre “la crucifixion de l’Ukraine, mille ans de guerres de religions en Europe”,apportant paradoxalement de fait des arguments solides au parcours auquel je tente de vous inviter aujourd’hui par le biais de cette réflexion, d’où la résultante nécessité de retourner à la Parole et au spirituel ainsi que nous y invitait le pape François aussi dans sa “lettre apostolique sur Pascal”.
Conclusion:
Dans ce XXI ème siècle que Malraux anticipait comme “spirituel ou ne sera pas” à certaines réflexions de Gilles Kepel “la revanche de dieu”, on perçoit des retours à la religion, assimilable à des quêtes d’identités perdues ou mises en péril, victime de décennies globalistes logiquement associés aux velléités communautaristes en contre poids.
C’est dans ce contexte que la prudence s’impose, car l’identité retrouvée par la religion la projette automatiquement dans un monde temporel, bien loin de la révélation de la foi qui relève de la spiritualité. Francois, dans ses échanges, dans ses textes, dans ses choix de pontificat n’a fait que très peu de concessions au temporel et l’a inscrit comme une volonté d’offrir au monde l’exemplarité du spirituel comme solution aux enjeux du monde. Peut-être a-t-il mûri cette approche quand il fut confronté à la dictature en Argentine comme l’évoque le film The two Popes de Fernando Meirelles qui retrace en fiction les échanges entre Benoît XVI et François.
Sa mort semble écrite dans la lignée de sa spiritualité, un lundi de Pâques. Dès lors, comment tenter d’interpréter la succession de Léon XIV à François.
Léon XIV un vote bref, une majorité historique: le dessein de François? François l’a répété à plusieurs reprises, sont en jeu les valeurs morales universelles chrétiennes. Il lui fallait assurer un Vatican plus que jamais à l’écoute d’un monde multipolaire, capable de se faire entendre par l’ensemble de la communauté et qui de mieux qu’un pape américain pour poursuivre et developper la mission tracée par François …
François, évêque de Rome, avait une vision pour Rome, en faire une ville de la paix, une ville ouverte, sans nul doute en relation avec les prières de Notre dame de Fatima qui, entre autres, rappelait “la Russie est un pays particulier à travers lequel le christianisme doit renaitre”. Il savait qu’il eut été difficile de promouvoir, en catholique, la paix entre deux pays orthodoxes, mais ce dépassement de Rome eut pu créer des conditions plus favorables; Léon XIV n’a-t-il pas dès son arrivée remis le Vatican au centre de possibles échanges, tout en donnant des signes rassurant à qui pouvait apparaître antagoniste aux orientations de François, comme l’Opus Dei. Si je devais qualifier le lien entre les deux évêques de Rome, je dirais “continuité évolutive” sans aucun doute envisagée de son vivant par François. Comment imaginer d’ailleurs un autre dessein quand on connaît les matrices spirituelles de l’un et de l’autre: deux des principales icônes du catholicisme, Saint Augustin et Saint François. Tous deux, à sept siècles de distance, ont des parcours personnels qui les amènent à la conversion et la recherche de Dieu. Puis s’est établie une relation centrée sur la spiritualité, pour le premier l’amour de Dieu et du prochain sont indissociables, pour le second chaque créature est un reflet de l’amour divin, et si le premier le théorise tout en restant partie prenante du monde, le second le vit, optant pour l’itinérance, mais ils s’unissent dans les formes données à la prière. Ce sont là des conditionnements extrêmement forts, mais il est trop tôt pour apprécier la façon dont Leon relèvera les défis du monde, s’il optera pour la vocation spirituelle en amont qui des dialogues ou s’il cédera aux velléités du pouvoir temporel en trahissant de fait son guide spirituel. Puisse l’hypothèse d’un voyage sur les terres d’origine de Saint Augustin, l’Algérie, servir de consolidation à sa mission évangélique.
Décidément, Seigneur, « votre royaume n’est résolument pas de ce monde »
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L’as-tu envoyé à Roberto qui m’a téléphoné hier et m’a demandé si tu en avais une trace écrite.
BD
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