Géopolitique

Iran : la centrale nucléaire de Bushehr est opérationnelle, l’occasion de reconsidérer notre politique | LE 16/09/2011

Le moment est peut être venu, sans renoncer à nos alliés traditionnels, de pouvoir entreprendre, sans pré condition, une nouvelle approche de l’Iran en mieux considérant les courants qui la caractérisent, en investissant sur ce que l’on pourrait appeler de façon quelque peu caricaturale les moins religieux. Au lendemain de l’anniversaire de la tragédie du 11 septembre, l’Iran a annoncé le succès du lancement opérationnel de cette centrale, devenue enjeu international. Initiée par les allemands de Siemens en 1974, sa construction avait été interrompue peu de temps après la Révolution Islamique et ce n’est que dans les années 90 que, précédé d’un accord russo iranien sur la non prolifération du nucléaire militaire signé le 24 août 1992, la construction fut reprise, avec de nombreux « stop and go », par le bras industriel de Rosatom, le géant nucléaire russe, Atomstroyexport. Un parcours complexe non seulement au regard des enjeux géopolitiques mais aussi si l’on considère les aspects industriels et techniques. Bushehr s’impose aujourd’hui entre le désert et la mer, non sans rappeler l’ombre d’une mosquée: ses dessins architecturaux sont encore principalement allemands mais la construction et la technologie sont le fleuron du nucléaire russe. La mise en marche progressive de la centrale a commencé il y a un an avec la livraison de l’uranium sous le contrôle attentif de l’AIEA pour se conclure avec la connexion au réseau électrique il y a quelques jours, et développer progressivement une puissance de 1000MW. C’est une quasi autoroute qui conduit aux portes de la centrale: drapeau, portraits et probablement dissimulées dans le désert qui la borde des stations radars et anti missiles. La première surprise est une manifestation de quelques dizaine di militants anti nucléaire à proximité de la zone protégée, puis l’entrée dans une véritable cité russe consacrée à cette construction, plus de 2500 personnes, avec supermarché, école, salle de sport, piscine… Le thermomètre indique 45 degrés! Visite limitée à la centrale et cérémonie d’inauguration sont au programme de la journée. Y participent le Ministre des Affaires Etrangères iranien, Salehi, avec le responsable du programme nucléaire, Davani, et le Ministre de l’Energie russe, Smatko, accompagné du Directeur Général de Rosatom, Kirienko. Une prière et l’hymne national iranien introduisent les respectives déclarations. Aucun doute que cette journée représente l’ultime expression de l’orgueil national, quand on pense à l’engagement du Président Ahmadinejad à porter à bien ce projet, en dépit des pressions internationales. Voilà trois ans que l’Occident a intensifié la dénonciation de ce projet, suspecté de fins militaires. Hillary Clinton avait expressément sollicité la Russie, en vain, les politiques médio orientales divergent souvent entre les deux pays même si tous deux considèrent la sécurité d’ Israël une condition sine qua non et par conséquent cela vaut la peine pour mieux comprendre les enjeux de faire un retour en arrière d’une dizaine d’années. A la suite de l’attaque aux Twin Towers, l’Iran et les USA avaient engagés des négociations secrètes en Europe, de l’automne 2001 à mai 2003, ayant pour objet la question afghane. Mais les conclusions qui furent présentées à Rumsfeld connurent une fin de non recevoir. C’est ainsi que faillit, victime d’une forme d’obscurantisme, un possible accord géographique, avec un Iran timidement engagé par Khatami sur un front réformateur, accord qui aurait consenti aux deux antagonistes de reconstruire une confiance qui aurait sûrement bénéficié à toute la région. C’est le contraire qui se passa et on assista à un renforcement de courants filo iraniens, en particulier en Irak et Afghanistan, rendant la mission des occidentaux bien plus complexes. L’administration Obama tenta de rouvrir un dialogue rendu impossible par les tensions internes à l’Iran. C’est durant cette période que Bushehr devint l’enjeu géopolitique que l’on connait. Sur le front plus spécifiquement nucléaire, les rapports de l’AIEA se suivent et subissent les variations de toutes les « intelligences » mais la constante réside cependant dans la reconnaissance que rien ne prouve l’existence d’un programme nucléaire militaire et que progressivement évolue la disponibilité des autorités iraniennes vis à vis de l’AIEA, comme encore récemment sollicitée dans ce sens par le Ministre Russe des Affaires Etrangères Lavrov. En premier lieu, par conséquent, la priorité russe et occidentale est sans aucun doute la non prolifération d’un nucléaire militaire, aujourd’hui en Iran et demain dans tous les pays en quête d’énergie alternative à l’énergie fossile, la Turquie, la Jordanie, l’Egypte etc… Il s’agit dune exigence légitime et stratégique qui ne doit cependant pas nous faire commettre les erreurs commises en Irak, il suffit de penser que l’on continue à chercher les fameuses armes de destructions massives dénoncées par l’administration américaine… Concrètement, et pour éviter un tel risque, toujours sous la vigilance de l’AIEA, l’uranium une fois utilisé à des fins électriques dans la centrale sera renvoyé en Russie. Deuxièmement, la question de la sécurité, d’autant plus après Fukushima. Cette centrale est un fleuron de la technologie russe, en général mais aussi en particulier – résistance à des séismes degré 9 sur l’échelle de Richter, une technologie qui s’impose toujours plus à l’international, il suffit de penser que l’après Fukushima nucléaire à l’international semble être devenu un monopole russe: Bushehr bien entendu, mais aussi la réactivation du programme nucléaire sino russe, la participation de Rolls Royce aux côtés des russes en République Tchèque, la Turquie et demain la Jordanie. Dans un monde en quête d’énergie il se révèle impossible de refuser l’énergie nucléaire sans porter un coup d’arrêt au développement de nouvelles économies. En troisième lieu enfin, l’enjeu géopolitique alors que la Turquie s’affiche en antagoniste de l’Iran, face à Israël mais aussi dans un monde arabe en pleine effervescence et loin d’être stabilisé – observons la Libye de près avant de faire preuve de triomphalisme au goût électoral -, mais consent l’installation de stations anti missiles américaines aux frontières de l’Iran. Le moment est peut être venu, sans renoncer à nos alliés traditionnels, de pouvoir entreprendre, sans pré condition, une nouvelle approche de l’Iran en mieux considérant les courants qui la caractérisent, en investissant sur ce que l’on pourrait appeler de façon quelque peu caricaturale les moins religieux, en pensant à toutes les opportunités géopolitiques pour la région mais aussi énergétiques et industrielles (*) que représente l’antique Perse aujourd’hui livrée à la Chine et la Russie en particulier. (*) en avril 2011 Alitalia a augmenté de 20% ses vols à destination de l’Iran…

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